
Aimé Césaire : L’expo en ligne
2013 marquera le centenaire de la naissance d’Aimé Césaire. Le poète et homme politique est né le 26 juin 1913 à Basse-Pointe en Martinique. Gensdepouvoir.com a souhaité lui consacrer cette exposition, fruit d’une première sélection de 22 photos issue de nos archives. Ces photographies ont été réalisées entre 1990 et 2001, soit durant les deux dernières mandatures d’Aimé Césaire à la tête de la municipalité foyalaise. Elles rappellent des moments et des anecdotes moins connus du grand public.
Fort-de-France
Aimé Césaire devient Maire de Fort-de-France en 1945, sollicité par le Parti Communiste. En 1956, c’est la Lettre à Maurice Thorez, la rupture avec le PCF, puis en 1958 la création du Parti Progressiste Martiniquais. Il restera Maire du Chef Lieu de la Martinique jusqu’à 2001. La mise hors d’eau de la ville, son électrification, la potabilité de l’eau et la lutte contre les maladies, ainsi que l’action culturelle figureront parmi les grands chantiers conduits jusqu’aux années 80.
Les travaux et les jours
Les escaliers de liaison Moutte-Coridon figurent parmi les chantiers que le maire Césaire affectionnait. Ils créaient du lien dans cette mosaïque de quartiers (une centaine), et amélioraient le mieux être immédiat des habitants, souvent soumis à l’enclavement. De nombreux chantiers d’importances diverses, le plus souvent mis en oeuvre par "ses" services techniques, retenaient ainsi son attention.
Visites de chantiers
1991. Une trentaine de personnes, gros mordants de la politique - dont le Président du Conseil Général Emile Maurice, également Maire de Saint-Joseph - techniciens de la mairie, journalistes, et Aimé Césaire lui-même, étaient sur le terrain ce jour là. Le Maire y présentait aux élus présents, financeurs potentiels, les opérations de RHI (Résorption de l’Habitat Insalubre), et de DSQ (Développement Social des Quartiers) qui étaient conduites dans sa ville, en essayant de ne pas modifier les équilibres anciens des quartiers chers au coeur de Césaire. Ne soufflait-il pas lui-même aux personnes modestes qui tentaient de s’y installer, au grand dam de l’Etat et des propriétaires terriens, "construisez en dur...".
Au syndicat intercommunal du Centre de la Martinique
1999. L’intercommunalité Lamentin, Fort-de-France, Saint-Joseph et Schoelcher fait ses premiers pas autour de la construction de l’Unité d’incinération des déchets du Morne Dillon, et de la mise en place de la collecte sélective des emballages. Avec Pierre Samot, Raymond Saffache et Alfred Almont, Aimé Césaire pose les premiers jalons d’une indispensable mutualisation des moyens. Des chantiers qui s’élargiront ensuite à l’aménagement et aux transports, et auxquels le Maire de Fort-de-France accordera une attention particulière, en rendant, comme ce jour-là, des visites régulières aux équipes techniques et administratives.
L’humour
Le député-Maire ne manquait pas d’humour. La visite d’un général fraîchement nommé, et la casquette de marine offerte par ce dernier allaient offrir à Césaire l’occasion de quelques "pas", mode rappeur !
Humour, toujours
Un contact pas si fréquent, mais toujours bon, avec les journalistes martiniquais...
Entre poètes
1993. Aimé Césaire reçoit le célèbre écrivain brésilien Jorge Amado, auteur notamment du roman "Bahia de tous les saints". Les deux hommes se connaissent. Ils échangeront sur l’impact du concept de la négritude dans le développement identitaire de leurs pays respectifs.
Ruben Bladès
1992. Ruben Blades est candidat à l’élection présidentielle de son pays, le Panama. Mais la notoriété de la star internationale ne suffira pas à garantir sa réussite électorale. Mais c’est d’abord le chanteur engagé que Césaire reçoit en septembre 1992. Celui qui dénonce pêle-mêle en Amérique du Sud et dans le monde entier - grâce à des millions de disques vendus, et des tournées triomphales - les enlèvements politiques dans plusieurs pays de la Région, les dictatures, l’impérialisme nord-américain…Ruben Bladès fut très touché par la rencontre avec le poète universel. Très heureux aussi de sa visite en Martinique, dont des milliers d’habitants venus creuser le canal, sont restés, comme son grand-père Ste Lucien, bâtir le Panama.
"Tout moun sé moun !"
1992. C’est en juin de cette année là que la Martinique reçoit un Président haïtien forcé à l’exil par un coup d’état. Les généraux, Raoul Cedras en tête, ont brisé dès 1991 un espoir plus que mince. La Martinique lui réservera malgré tout un accueil populaire à la hauteur des attentes que suscite la première république noire au monde. Sur la foi d’un "tout moun sé moun" exprimé et défendu avec humanisme, Titid, prêtre posé et charismastique a choisi la voie politique, et vu sa popularité croître, jusqu’à son élection triomphale à la présidence de la république d’Haïti fin 1990. Pour Césaire le poète, auteur de la Tragédie du roi Christophe, c’est malgré les circonstances difficiles un moment de joie "nègre". Pour le poète, c’est espoir que la démocratie triomphe enfin en pays d’Haïti. Mais c’est un Jean-Bertrand Aristide changé, suspicieux, et cautionnant de nouveaux groupes armés, qui reprendra, grâce aux interventions extérieures, les rênes du pouvoir haïtien. Ces mêmes interventions extérieures qui le pousseront vers la sortie en une manière de coup d’état en octobre 2004.
Capgras Président
1994. Emile Capgras, adjoint au maire du Robert, devient au bénéfice de l’âge président de la Région Martinique. Son groupe, fort de quatre élus, arbitre la bataille entre le PPM et la droite. Protégé d’Aimé Césaire, président sortant, Camille Darsières enregistre là une nouvelle défaite politique. D’origine modeste, militant "de base", syndicaliste, et président au bénéfice de l’âge, Emile Capgras fera l’objet durant son mandat de railleries de ses adversaires politiques. Il s’attachera également à redresser les finances régionales alourdies par les importants investissements de son prédécesseur.
Danielle Mitterrand
Proche de Fidel Castro, Danielle Mitterrand ne cessera jamais, même en contradiction avec la France officielle de son époux, de soutenir la cause du régime castriste. C’est de ce sujet que l’ancienne "première dame" de France, et présidente de la Fondation de France, viendra entretenir Aimé Césaire, à la faveur d’un voyage retour de Cuba.
Aimé Césaire et Dominique Perben, Ministre de l’Outre-Mer durant la cohabitation 1993-1995
Césaire a toujours reçu, toujours très poliment, parfois très fermement, tous les ministres des gouvernements français de passage, de gauche comme de droite. Et ces derniers ont toujours mis un point d’honneur, quel que soit le motif de leur déplacement, à rendre visite au prestigieux Député-maire de la Capitale. Seule exception, Nicolas Sarkozy, que le poète refusera de recevoir en 2005. L’affaire de la "colonisation positive" provoque des manifestations dans les DOM, et Nicolas Sarkozy, leader de l’UMP, est alors en pré-campagne pour la présidentielle de 2007.
"Cher maître"
1995. Au nombre des entretiens mémorables, celui avec jacques Chirac, à quelques semaines de l’élection présidentielle. "Cher Maître", fut certainement l’expression la plus utilisée durant cet entretien par celui qui allait devenir Président de la République Française. Une visite "de politesse" dont le principal thème fut la culture amérindienne.
Avec Pierre Aliker
Rencontre au Lycée Schoelcher à l’invitation de ses anciens élèves
Agrégé de lettres, Aimé Césaire rentre en Martinique en 1939, pour enseigner au Lycée Schoelcher. Ses anciens élèves, toutes classes confondues, manifestent une admiration sans limites pour ce professeur brillant, auteur du célèbre "Cahier d’un retour au Pays Natal".
"Mon cher de Grandmaison..."
Renaud de Grandmaison fut un Secrétaire Général emblématique - et au long cours - de la mairie de Fort-de-France. De son bureau du troisième étage, situé juste à côté de celui de Césaire, il contrôlait l’essentiel de la machine municipale - à l’exception des services techniques que Paul Léopoldie manageait jalousement. Il dirigeait aussi la machine politique du PPM. Membre fondateur du parti de Trénelle, il en était le tacticien. Il en maîtrisait le moindre rouage, et organisait toutes les campagnes électorales, dont celle qui fit de Léon-Laurent Valère, candidat de la droite, un "king-kong" de légende.
L’ombre blanche
Un symbole de rigueur et de loyauté. Il était de la première équipe lors de l’élection d’Aimé Césaire en 1945. Mais c’est en 1959, à l‘occasion des élections qui suivirent la lettre à Maurice Thorez et la rupture de Césaire avec le parti communiste français, qu’il en devint le premier adjoint. Les fréquentes et prolongées absences de Césaire lors des sessions parlementaires, en firent un maire à temps plein durant de longues périodes. Et quand le Député-maire traitait certaines affaires avec humanisme et diplomatie, Aliker, lui, appliquait sans faille, sans reculs, sa recette de toujours : humanisme, mais rigueur et fermeté. L’autre caractéristique de ce lieutenant au long cours : une loyauté elle aussi sans faille. Et les rares divergences de vue entre les deux hommes quant au règlement de questions délicates, virent toujours le retrait discret et respectueux du docteur, au profit du poète. Si leur présence, au premier plan de la vie politique de la Martinique s’acheva en 2001, leur amitié indéfectible dura plus de 60 ans après leur première rencontre, jusqu’à la mort d’Aimé Césaire.
"L’Homme de la Région"
Longtemps poste avancé du césairisme politique, l’avocat flamboyant, décédé en 2006, a rejoint Césaire dès 1959, pour un parcours d’une loyauté qui ne se dément pas. Camille Darsières est le mal aimé par excellence de la vie politique martiniquaise. Trop arrogant pour certains, trop calculateur pour beaucoup, trop bourgeois pour tous …en tous cas entier, et tenace, il a écrit, aux côtés d’Aimé Césaire, de larges pages de l’histoire politique de notre pays, et de nos régions "ultrapériphériques". Il cédera en 1992 le fauteuil de président de Région - qui lui fut légué en 1986 par Aimé Césaire - à Emile Capgras, élu au bénéfice de l’âge.
"Je te réquisitionne"
1993. La phrase de Césaire était sans appel. Elle deviendra le slogan de la campagne de Camille Darsières. L’avocat sera élu et remplacera le poète à l’Assemblée Nationale durant deux mandatures, avant d’être battu en 2002 par Pierre Samot, Maire du Lamentin.
Claude Lise
Le docteur Lise, venu rejoindre le PPM avec plusieurs de ses camarades du Parti Socialiste Martiniquais, a su trouver sa place aux côtés de Césaire. Très proche du maire de Fort-de-France, il deviendra l’élu du 10ème canton de la ville, et sera choisi pour diriger le Conseil Général. Il quittera le PPM en 2005, avec plusieurs élus et militants, lors de la conquête du parti de Césaire par Serge Letchimy.
L’urbaniste
Le parcours de ce mercredi matin là n’avait pas été très différent de ceux des autres matins. Il y avait eu quelques visites de chantiers municipaux, à Morne Venté, Ravine Vilaine ou Pointe de la Vierge, suivies de quelques heures en mairie pour traiter le courrier, recevoir demandeurs d’aides, et d’emplois. Et puis une autre sortie était inscrite à l’agenda. Une présentation au Maire des projets d’aménagement du quartier Canal Alaric. Dans le siège de l’association "Sainte-Thérèse en Harmonie", élus et techniciens avaient pris place aux côtés de quelques enfants venus là bénéficier d’un cours de soutien scolaire. Tous écoutaient avec attention l’urbaniste qui traçait au mur les lendemains meilleurs de Canal Alaric. Un jeune homme dont Césaire disait souvent : « il a Fort-de-France dans la tête ». C’était en mars 1994. L’urbaniste s’appelait Serge Letchimy.
L’enfant
Ce même jour à Canal Alaric, Aimé Césaire, attentif, assis sur un banc à côté d’un enfant du quartier.
Passez à mon bureau
La parole est libre, Di sa zot lé, Fluctuat Nec Mergitur, Sandrine, Rafale, le temps des fleurs, Soupirs, Regrets, Bien-Aimé... voilà quelques-uns des noms merveilleux dont les pêcheurs baptisent leurs embarcations. Rien qu’en Martinique, la liste est déjà longue. Rajoutez la Guadeloupe, Sainte-Lucie, Haïti, etc, et vous voilà au 7ème ciel d’une forme de poésie. Césaire racontait un jour à un visiteur québéquois qu’un pêcheur arlésien avait appelé son bateau "passez à mon bureau". Comme tous les autres noms, pas de hasard, mais beaucoup de sens. Le "passez à mon bureau", soulignait le poète, s’adressait aux poissons, invités à rejoindre l’homme sur son lieu de travail.
Textes et images Franck Sainte-Rose-Rosemond
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